Oui. Tout doctorat décerné par une université canadienne exige une thèse. Ce qui a changé depuis dix ans, ce n’est pas l’exigence, c’est la forme qu’elle peut prendre. Cette distinction explique presque toute la confusion autour de la question.
La réponse courte
Il n’existe aucune voie reconnue vers un doctorat au Canada qui contourne la thèse. L’énoncé institutionnel le plus clair vient de l’École des études supérieures de l’Université de Toronto, qui précise que toute thèse de doctorat doit comporter une composante écrite, d’autres éléments pouvant toutefois s’ajouter au texte.
Les deux moitiés de cette phrase comptent. L’écrit n’est pas facultatif. Tout le reste du format se négocie à l’intérieur des normes de votre discipline.
Si vous avez vu un programme annoncé comme étant sans thèse, il s’agit presque toujours d’un doctorat professionnel américain présenté sous un autre vocabulaire, ou d’un programme où un travail final substantiel porte un autre nom. Au Canada, l’exigence vaut autant pour les doctorats de recherche que pour les doctorats professionnels.
Thèse ou mémoire : le vocabulaire selon les pays
Le vocabulaire cause une inquiétude inutile. Voici la carte.
Au Québec, l’usage est stable. Le mémoire est le document de maîtrise, la thèse celui du doctorat. Le dépôt se fait auprès de la faculté des études supérieures dans les deux cas, mais les documents ne portent jamais le même nom.
Au Canada anglais, les deux mots anglais se confondent. Les guides de la bibliothèque de McGill le disent directement : le travail écrit menant à un grade d’études supérieures s’appelle une thesis, ou une dissertation, les deux termes étant employés de façon interchangeable à McGill.
Au Royaume-Uni, la répartition est inversée par rapport à ce que la plupart des étudiants supposent. Le service de formation continue d’Oxford explique qu’au Royaume-Uni, thesis désigne le travail soumis pour un baccalauréat ou un doctorat, tandis que dissertation désigne le travail final de maîtrise. Aux États-Unis, la convention s’inverse encore.
Pour tout document déposé au Canada, employez le mot que votre propre université emploie dans son règlement.
Le doctorat de recherche exige une thèse, sans exception
Le doctorat de recherche se définit par sa thèse. Ce n’est pas une exigence ajoutée au programme, c’est le grade lui-même.
L’Université de Toronto décrit la thèse de doctorat comme l’aboutissement de l’investissement de l’étudiant dans des études avancées et une recherche rigoureuse, et exige qu’elle apporte une contribution distincte aux connaissances du domaine. C’est cette exigence de contribution originale qui sépare le travail doctoral d’un long mémoire.
Le poids en crédits rend la chose concrète. À l’UQAM, la documentation du département de psychologie indique que la thèse de Ph.D. vaut désormais 48 crédits, dans un bloc thèse totalisant 57 crédits. Au doctorat en administration de l’ESG UQAM, la structure sur quatre ans passe par la scolarité et l’examen de synthèse pour 30 crédits, puis la proposition de thèse, puis le dépôt final de la thèse. Dans les deux cas, la thèse constitue la majeure partie du grade.
Doctorats professionnels et formats alternatifs
C’est ici que la réponse devient plus intéressante qu’un simple oui.
Les universités canadiennes élargissent depuis quelques années ce qu’une thèse peut être. Les lignes directrices doctorales de l’Université de Toronto notent que la thèse a été historiquement rédigée comme une oeuvre unifiée dans certaines disciplines, ou comme une thèse fondée sur des publications dans d’autres, et qu’on observe maintenant une acceptation croissante de formats plus souples visant à enrichir la pratique professionnelle ou intégrant des artefacts savants comme le film, l’audio et les représentations visuelles et graphiques. Le même document souligne la nécessité reconnue d’accueillir les formes autochtones de production et de diffusion du savoir.
Quatre formats méritent d’être connus.
La monographie. Une démonstration unifiée déployée sur plusieurs chapitres. C’est encore la norme en sciences humaines et dans une bonne part des sciences sociales.
La thèse par articles. Les chapitres centraux sont des articles de revue, publiés, soumis ou en préparation. La politique du Sénat de l’Université Western encadre côte à côte la thèse par monographie et la thèse par articles intégrés. McGill va plus loin et publie deux gabarits Word officiels distincts, l’un traditionnel, l’autre destiné aux thèses par articles.
La thèse multimodale. La composante écrite s’accompagne d’autres éléments : films, vidéos, poèmes, romans, textes dramatiques, performances, oeuvres. La politique de Western le prévoit explicitement et recommande que les artefacts de format diversifié soient accompagnés d’un titre, d’une page de titre, d’un résumé et de mots-clés, d’un résumé de vulgarisation, d’un curriculum vitae et, s’il y a lieu, d’une déclaration de paternité et d’une approbation éthique.
La thèse doctorale professionnelle. L’Université de Toronto la définit comme un travail qui repère et examine un problème de pratique, puis y applique la théorie, la recherche et l’analyse des politiques. L’objet d’étude est un problème professionnel plutôt qu’une lacune dans les écrits, mais les exigences analytiques et la composante écrite demeurent.
Certains doctorats professionnels vont plus loin et substituent carrément un autre document. Le D.Ps. de l’UQAM en est l’exemple canadien le plus net : les balises du département décrivent l’essai comme le travail de recherche remplaçant l’ancienne thèse, pour 18 crédits contre 48 pour la thèse de Ph.D. L’obligation de produire et de soutenir un travail de recherche écrit original ne disparaît pas. Son ampleur est ajustée à un grade de praticien.
Ce qui change au dépôt
Le choix du format n’est pas seulement une décision intellectuelle. Il change le dossier que votre faculté vérifiera.
Les pages liminaires s’allongent. Une thèse multimodale à Western exige que l’artefact soit documenté avec son propre titre, son résumé, ses mots-clés et son résumé de vulgarisation. Une thèse par articles exige une contribution des auteurs nommant chaque coauteur et sa part du travail.
Le matériel de liaison devient obligatoire. Une thèse par articles n’est pas un assemblage de tirés à part. La politique de Western énonce clairement que du matériel de liaison entre les chapitres est requis, et qu’une thèse composée uniquement d’articles publiés sans éléments de liaison n’est pas recevable.
Les limites du résumé s’appliquent quel que soit le format. L’Université de Toronto plafonne le résumé à 350 mots au doctorat et à 150 mots à la maîtrise. Western utilise les deux mêmes chiffres et ajoute un résumé de vulgarisation d’au plus 350 mots. L’Université de Montréal autorise 500 mots et deux pages pour une thèse, avec un maximum de dix mots-clés. McGill compte en caractères, avec un plafond de 4 000 caractères.
Les règles de mise en page ne fléchissent pas. Marges, interligne, pagination des pages liminaires et ordre des rubriques sont vérifiés de la même façon pour une thèse accompagnée d’un film que pour une monographie.
Durée et longueur : à quoi vous vous engagez
Un doctorat de recherche canadien représente en général quatre années d’inscription après la maîtrise, et la thèse domine la seconde moitié de ce parcours.
Sur la longueur, les chiffres publiés convergent. McMaster précise que le texte d’une thèse de doctorat ne doit pas dépasser 300 pages à double interligne. L’Université du Nouveau-Brunswick fixe 400 pages, soit 100 000 mots, de la page de titre au curriculum vitae. Polytechnique Montréal recommande de ne pas dépasser 175 pages, contre 100 pour un mémoire.
En gros, une thèse vaut deux mémoires. Nous détaillons le versant maîtrise de cette comparaison, discipline par discipline, dans combien de pages fait un mémoire de maîtrise. Si vous hésitez encore entre les deux cycles, comment rédiger un mémoire de maîtrise présente l’engagement plus court.
Les thèses par articles se terminent souvent plus courtes en pages, parce que les articles ont déjà été comprimés aux limites des revues. C’est un avantage réel, mais il s’accompagne du matériel de liaison et de la documentation sur les coauteurs décrits plus haut.
Conclusion
La réponse à la question est oui, et elle n’a jamais sérieusement été non au Canada. Ce qu’il faut savoir, c’est que le mot thèse ne désigne plus une seule chose. Avant de vous engager dans une structure, posez deux questions à votre directeur et à votre faculté. Quels formats ma faculté accepte-t-elle, et qu’est-ce que chacun change dans le dossier de dépôt. Ces deux réponses façonneront trois années de rédaction.
Dernière vérification : 2026-09-03.